Buzzlim.fr : Que vous inspire cette consultation sur la refondation de l'école ?
Marie Duru-Bellat : Je pense que c'est un rite qu'on ne pouvait pas éviter, un rite nécessaire. Il n'en sortira pas forcément des idées très nouvelles, mais je ne vois pas comment on aurait pu faire autrement.
Marie Duru-Bellat, sociologue de l'éducation et professeur à Sciences-Po Paris
Installée en grande pompe à la Sorbonne, cette concertation est-elle vraiment nécessaire, étant donné que comme le dit Bruno Julliard, conseiller de Vincent Peillon, "l'état des lieux de l'école est déjà connu" ?
M. D.-B. : Oui, mais une chose est d'établir l'état des lieux, et autre chose est de savoir comment faire pour réaliser ce qu'on estime problématique. Le problème est vraiment dans la politique, pas tellement dans les idées. Le problème c'est comment on fait. Et là on peut en discuter.
Les rapports et enquêtes sur l'état de l'école sont légion. Vous avez vous-même conduit une enquête sur le collège de l'an 2000. Quelles en ont été les conclusions ?
M. D.-B. : Le thème c'était le collège de l'an 2000, et à l'époque on discutait encore pour savoir si il fallait maintenir le collège unique. Les tensions autour de son maintien ou pas étaient alors particulièrement fortes. Et nos conclusions étaient qu'il existait certes des problèmes au collège, mais sûrement parce qu'on ne l'avait pas encore véritablement réalisé. Et donc plutôt que de revenir en arrière sur des filières, il fallait s'attacher à réaliser enfin ce collège unique. En aucun cas, la solution consistait à refaire de l'orientation précoce. Certains mouvements politiques le défendaient à l'époque. Les partis de droite disaient "on a qu'à revenir à l'apprentissage à 14 ans, à une orientation à 14 ans", etc. C'est un des paramètre politique qui a pesé pour le fait qu'on ne revienne pas en arrière sur le collège unique.
S'il y avait une réforme urgente à mener, quelle serait-elle ?
M. D.-B. : J'ai été consultée comme d'autres, avant même cette consultation, et dans le programme du nouveau président, la priorité est donnée à l'école primaire. Or tout le monde est d'accord sur le fait que tant qu'on aura tant de difficultés dès la première année de l'école primaire, on pourra toujours s'échiner à les corriger après. Donc les réformes urgentes, c'est que tous les enfants apprennent à lire dès la première année de primaire. Les difficultés, c'est qu'il y a des enfants qui n'arrivent pas à lire et qui en fin de primaire ne savent toujours pas lire. On a quand même un enfant sur cinq qui a de grosses difficultés par rapport à l'écrit en fin de primaire. C'est du au fait que quand ils arrivent à l'école primaire, ils maitrisent un nombre de tournures grammaticales, de vocabulaire, etc., très inégal selon leur milieu familial. Car ce sont surtout les inégalités sociales qui pèsent en la matière. Elles pénètrent à l'école avec les enfants, et telle qu'elle est actuellement l'école n'arrive pas à corriger ces inégalités chez les tout-petits.

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